Réflexions et propositions  d’un  citoyen apolitique  mais «  concerné » 

 L’accord  de Nouméa signé en 1998 et qui est venu  compléter  les Accords de Matignon de 1988  a dans l’ensemble  plutôt réussi depuis cette date à donner un cadre satisfaisant  et évolutif pour que la vie politique  de  notre  « pays » puisse s’organiser entre les différentes communautés dans un « destin partagé ».

L’idée exprimée en 1998   était  notamment celle-ci :   « le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage, par le rééquilibrage. L’avenir doit être le temps de l’identité, dans un destin commun. »

Que s’est –il passé ensuite pendant la période allant de 1998 à 2013 ?  dans l’ensemble, le rééquilibrage politique a eu lieu avec une participation forte des indépendantistes aux différents organes de décision, le rééquilibrage économique  et d’infrastructures entre Provinces a progressé même si des difficultés subsistent : le développement des iles loyauté est souvent jugé insuffisant par ceux là même qui y ont présidé, les populations du Nord  et des iles qui devaient davantage se fixer dans leurs Provinces en parallèle à un certain développement économique  ont connu des flux migratoires internes au pays,  persistant à se déplacer  dans le Sud pour les raisons habituelles : proximité de la grande ville, espérance d’emploi, de formation, d’aides, ou pouvoir d’achat meilleur avec des prix moins élevés que dans les provinces Nord et Iles, plus isolées.….

Tout ceci n’est pas sans poser des questions financières (clefs de répartition finançant les Provinces pour l’instant figées, le Sud participant fortement financièrement au développement des autres Provinces) ou de cohérence d’ensemble des politiques des Provinces, sur des questions qui engagent l’intérêt global de la Nouvelle-Calédonie.

Si de nombreuses questions économiques, sociales, et politiques restent en suspens,  un des domaines sur lequel l’évolution demeure difficile et qui a été source de nouvelles tensions dans la période récente est celui des signes identitaires.

Citons les accords de NOUMEA : «  1.5 –les symboles- des signes identitaires du pays, nom*, drapeau, hymne, devise, graphisme des billets de banque devront être recherchés en commun pour exprimer l’identité kanak et le futur partagé par tous. » ‘ (*NOTA : pour le nom, il s ‘agit d’une possibilité de changer le nom par loi de pays à la majorité qualifiée, pas d’une obligation)

 Au plan des  symboles, à partir de 2007, des initiatives ont été engagées, concrétisées officiellement en 2010 (loi de pays du 18 aout 2010) dans trois domaines.  Ont été adoptés : une devise  « terre de parole, terre de partage », un hymne  «soyons unis, soyons frères » et même une graphie des billets en francs Pacifique,ces nouveaux billets devant être mis en circulation à compter de janvier 2014.

En parallèle, ce qui aurait du être la clef de voute  des signes identitaires du pays, la définition « d’un drapeau » reconnu par tous  a suivi des chemins de traverse,  jusqu’à arriver à une situation différente de ce qui était prévu à l’accord de NOUMEA.

Un vœu pour la juxtaposition de deux drapeaux (vœu du Congrès le 13.07.2010)  et donc quelque part un antagonisme  «revendiqué » et la perte d’envie  de rechercher des symboles qui unissent les communautés est intervenu à peu près à ce moment.

Les  signes identitaires adoptés  « hymne » et « devise » sont pour l’instant anachroniques avec la situation constatée. Ils  semblent  peu utilisables, tant qu’un drapeau reconnaissable par tous n’est pas reconnu. On note d’ailleurs qu’ils ne sont pas adoptés par la population à ce jour,  « ni  même connus » et comment le pourraient-ils « sans  un drapeau commun », qui demeure le symbole clef, le « poteau central de la case commune » pourraient dire nos concitoyens kanaks?

Alors on pourrait se dire, après tout pourquoi se tracasser pour des symboles ?   l’essentiel n’est-il pas de garantir un bon niveau de vie et de libertés aux populations et le reste suivra ? le  problème, c’est juste que cela ne fonctionne pas comme ça…

Un peuple n’existe en tant que tel que si ses citoyens ont le sentiment d’appartenir à une seule communauté.  Il n’y a de peuple que si des valeurs sont partagées, que si une fierté d’appartenance existe, que si suffisamment de règles communes sont adoptées avec sincérité par les citoyens du même pays. C’est la raison pour laquelle ceux qui respectent l’accord de Nouméa, ceux qui savent que le contrat social en dépend, ne peuvent que comprendre ou défendre l’idée qu’un drapeau commun est indispensable. Ceux qui défendent une autre idée sont dans une autre logique, celle qui suppose un affrontement probable, voire une partition possible * (* la partition  de la NC est éliminée par principe dans l’ADN – voir point 5. L’évolution de l’organisation politique de la NC).

Partant de là, des initiatives ont d’ailleurs eu lieu ou sont en cours. Les indépendantistes proposent leur drapeau pour « tous », ce à quoi l’autre camp répond que le drapeau indépendantiste est un drapeau de combat politique  et qu’il ne saurait  représenter  l’ensemble des  citoyens.

Le drapeau français reste notre drapeau officiel, mais en restant bloqué sur ce seul drapeau, sans rechercher une adhésion des kanaks de notre population qui ne s’y reconnaissent pas (ou plus totalement), on ne respectera pas l’Accord conclu qui précise que les signes doivent « exprimer l’identité kanak » et « le futur partagé entre tous ».

D’autres initiatives pour un « drapeau commun » sont intervenues qui n’ont pu aboutir pour différentes raisons, qui tenaient soit au timing de présentation, soit au fait que les couleurs, les formes, les symboles pouvaient heurter la sensibilité des différentes composantes de notre peuple (ou de leurs représentants), notamment.

A l’observation des différents travaux intervenus, il m’est apparu, dans le travail   de réflexion entrepris (avec deux  amis graphistes, à qui j’avais  soumis cette idée de réfléchir ensemble à un « autre » drapeau pour tous) qu’un drapeau commun à présenter à la « réflexion collective » devrait avoir les qualités suivantes, pour qu’il puisse espérer pouvoir être enfin adopté :

-      Un symbole fort kanak doit exister au cœur de ce drapeau

-      La symbolique et la forme de ce drapeau doivent et peuvent largement  s’inspirer du drapeau préconisé par les représentants de la mouvance indépendantiste

-      La population loyaliste pour  pouvoir adopter un tel drapeau doit pouvoir se retrouver dans un drapeau bleu blanc rouge, fournissant le cadre général.

-      Le Bleu de la mer doit apparaitre à l’horizontal pour symboliser la mer  qui entoure notre ile,  ancrée dans le pacifique.

En gros, on pourrait simplifier en disant que ces qualités sont dans la « nature », « sous nos yeux », dans les différents symboles présentés par les uns et les autres,  mais qu’elles n’avaient pas encore  été rassemblées réellement dans un seul support, ce que nous proposons ici.

Cette étude  de notre  « petit collectif » aboutit donc  à une proposition de « drapeau commun pour la Nouvelle-Calédonie » que nous versons ce jour dans les réflexions collectives en cours.

Le drapeau et la symbolique des différentes couleurs le composant sont présentés ci-après.

Nous ne prétendons pas bien sûr avoir trouvé « le » drapeau futur  de l’ensemble d’un peuple calédonien totalement  et définitivement réconcilié, mais nous pensons qu’un tel drapeau  serait forcément proche de celui que nous présentons ici.

Il appartient bien sûr désormais aux politiques de faire avancer ce dossier avec la commission compétente prévue au Congrès (nous leur enverrons d’ailleurs notre proposition).

Enfin,  notre sentiment est  qu’un drapeau reconnu par  tous  ne pourra exister à l’avenir que si l’ensemble du peuple  exprime directement et majoritairement  sa volonté de l’adopter ce qui supposera de le soumettre  à un référendum.

Les autres signes identitaires  (hymne et devise) devront  - pour être véritablement assimilés – être également  adoptés individuellement par référendum.

Citoyennement votre.

 

 Proposition de drapeau pour tous – NOUMEA – 06/2013

 drapeau-destincommun

EXPLICATION DE   LA SYMBOLIQUE DE  CE PROJET DE DRAPEAU :

Sa symbolique découle d’une  interprétation  stricte de l’Accord de NOUMEA signé le 05 mai 1998 qui définit  une double légitimité « Kanak » et Non kanak » et la notion de « destin commun » pour tous.

 Elle repose sur les principes suivants :

 Le peuple premier mérite une reconnaissance particulière de sa culture dans ce drapeau : son cœur « battant » utiliserait  donc largement les symboliques tels que les  nationalistes kanaks l’ont  créé dans leur engagement politique : flèche faitière noire au centre, maintien des couleurs rouges et bleus, proportion 1 :2 plutôt que 2 :3 comme le drapeau français.

Les autres populations  et la France qui ont participé soit au développement soit  à la sécurité et au rayonnement de la Nouvelle Calédonie  au XX° jusqu’à ce jour,  en  donnant à son territoire une stature, un développement,  et une langue internationale reconnus dans le concert des nations sont représentés par les couleurs du Bleu, du Blanc, du Rouge, qui magnifient la flèche kanak noire, situé au centre.

 Ce drapeau pourrait  légitimement prétendre représenter la double légitimité de notre terre australe, et permettre de faire la synthèse de nos cultures en assimilant notre passé commun, nos traits culturels communs comme la langue principale,  reconnue internationalement mais aussi la culture symbolique kanak, représentée par la flèche faitière.

Ce drapeau aurait les attributs pouvant permettre de bâtir pour tous nos enfants le support d’une vision commune et ensuite d’une fierté d’appartenance,  qui peut seul définir un « pays 

 L’analyse par les couleurs :

 LE BLEU : il symbolise la couleur de la mer, notre appartenance à la communauté du Pacifique. Nous sommes une île donc un peuple de la mer.

Le ROUGE : il est la couleur du feu et du sang. Il représente la force vitale, la vertu guerrière, les forces libératrices, la couleur de la volonté du peuple, et aussi le symbole de l’union des clans par le lien utérin.

LE BLANC : il représente la virginité, la synthèse du passé pour se tourner ensemble vers l’avenir et rappelle la proximité culturelle et politique de la Nouvelle- Calédonie et de la France.

LE NOIR/LA FLECHE FAITIERE : la flèche faitière et sa toutoute  symbolise l’unité de notre pays, l’appel au respect à la solidarité entre les communautés et à la reconnaissance de la force culturelle du peuple kanak qui accepte de partager et de comprendre avec les autres populations l’irréversibilité des temps révolus et la sagesse de se tourner tous ensemble  vers l’avenir.